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26 Oct 2020

Heuristique et biais cognitifs au service du coaching

Dans un souci didactique je me suis inspiré, dans le présent article, principalement de Buster Benson, auteur du Petit guide exhaustif des biais cognitifs,du fameux livre de Daniel Kahneman, Système 1 et Système 2, et d’autres références que je citerai au fur et à mesure, et à la fin de l’article.

L’hypothèse défendue ici est la suivante: Si les Heuristiques expliquent en grande partie le« pourquoi>> des croyances, les Biais Cognit if s, en tant que Heuris t iques« anachroniques e t irrationnelles», expliquent grandement l’apparition des croyances limitantes, sources de résistanc es et l’un  des« thèmes/obstacles» du Coaching.

Mon objectif  est, d’abord, d’attirer l’attention des coachs  (et de celles/ceux quis’intéressant à la« chose humaine») sur les conséquences des« irrationalités» (ou Biais) de notre cerveau. Et, ce faisant, espérer que nous puissions mettre en place des stratégies« d’auto-défense intellectuelles» (Noam Chomsky) à même de déjouer nos irrationnels« pièges de pensée». Biais et Coaching, sujet vaste et complexe, j’en suis conscient, mais que je m’efforcerai modestement

d’effleurer. Pour y parvenir, nous allons survoler le concept d’Heuristique et ses légitimes rejetons,les Biais Cognitifs.Puis, dans un deuxième temps,aborder quelques Biais accompagnés de possibles antidotes.Et, finalement, conclure avec quelques

réflexions sur un« coaching des croyances.».. Prévoyant une certaine longueur dans l’article, celui-ci sera étalé sur quelques numéros à déterminer au fur et à mesure de l’avancement des réflexions.

A- Au commencement, cétait le cerveau face à lenvironnement: LHeuristique.

1 ° – Cadre  évolutionniste: Foce à un environnement (heureusement!?) menaçant, notre si fragile cerveau a su développer de merveilleuses capacités d’adaptation,aidé en cela par des émotions variées,nous incitant à fuir, attaquer, jouir…, bref,  à vivre, survivre et nous reproduire. Cela a contribué à l’évolution de notre espèce et, dons une logique récursive et dialogique (Edgar Morin, in Belhodj, 2014), à l’évolution de ce cerveau qui,  tapi dans

son obscure boîte crânienne, présente de  si complexes et étonnantes caractéristiques, dont nous citerons :

• Sa connexion avec l’extérieur via les cinq sens avec leurs respectifs filtres et limites biologiques, limitant ainsi notre perception du monde.

• Linéaire, il ignore la négation (donnez-lui l’ordre de« ne pas s’imaginer un chien rouge». et vous verrez).

• Ne fait pas la différence entre la réalité et le mensonge (fausses informations) …

Paradoxalement limité et d’un potentiel quasi illimité, le cerveau doit  foire face  à un environnement changeant et menaçant pour assurer notre survie.

De nature curieux mois« paresseux », le cerveau a mis en place des « stratégies de survie » qui ont pour  finalité d’économiser du temps et de l’énergie. Autrement  dit, selon Buster Benson, notre cerveau est« programmé» pour foire face: ou trop plein informationnel, ou manque de sens, ou besoin d’agir vite et à la nécessité d’optimiser la mémorisation en vue d’actions futures. C’est ce que nous pourrons appeler  une« gestion utilitaire de l’information>>, base  du jugement et du raisonnement. Ces stratégies« automatiques » sont essentiellement inconscientes.

l’Heuristique intervient dans le cadre de cet ensemble de caractéristiques, de contraintes et de besoins de l’humain.

2°- Définition de l’heuristique: Selon Kahnemon et Tversky (1974), pères de l’Économie Comportementale, une heuristique est une« stratégie cognitive simplifiée utilisée pour  économiser du temps  et rendre plus simples les situations observées,et quipermet de faire des inférences acceptables pour l’individu, même si elles peuvent s’avérer fausses (non validée d’un point de vue logico-déductif) ».Explications :

a- l’heuristique est une« routine».ou raccourci cognitif, rapide et intuitif, source de nos connaissances  et croyances. le tout  résultant des expériences directes ou transmises, faites d’intuition, d’ essais/erreurs,  etc. Par exemple. la peur des prédateurs, l’importance du feu (quiréchauffe.brûle, illumine, protège…), l’eau de la rivière qui étanche notre soif et qui peut nous noyer, etc. sont des expériences et des émotions qui. en procédant par des généralisation et des omission, nous faisaient et nous font des économies de temps et d’énergie, construisant graduellement nos modèles mentaux et déterminant notre comportement.

b –   ‘heuristique, qui opére usuellement lorsqu’un problème semble complexe ou manquant d’informations (voir l’exemple du biais de corrélation illusoire plus loin), nous aide donc à penser plus rapidement et mieux  [en économisant un grand nombre de processus mentaux) et donc à prendre des décisions  agiles, préservant ainsi notre espèce de sopiens. C’est ce que Kahneman (2012) nomme Système 1. «pilotage automatique», celui de l’inconscient, de l’intuition,plus rapide et économe, par opposition au Système 2, plus rationnel, analytique, conscient mais lent et non économe en temps et énergie. Mais, pour Kahneman (2012), si ces raccourcis cognitifs [Système 1) sont utiles, souvent ils « conduisent à des erreurs sévères et systématiques.  »

3°- Le Biais, une heuristique anachronique: Aujourd’hui. ces mêmes heuristiques, ou plutôt certaines, sont devenues inadaptées aux sollicitations actuelles de  notre environnement, donc pouvant être considérées comme des sources potentielles d’erreurs  et d’illusions. Ces Heuristiques anachroniques sont appelées par les psychologues Kahnemon (prix Nobel d’Économie en 2002) et Tversky des«  Biais Cognitifs » (ou biais  psychologiques ou préjugés cognitifs). Pour ces  auteurs, ce concept explique certaines décisions irra t ionnelles dans  le domaine économique.

a- Un biais cognitif est une forme de pensée inconsciente quimet en œuvre de manière systématique des distorsions dans  le traitement de  l’information. En interprétant

l’information disponible de façon erronée et irrationnelle

et en donnant trop ou peu d’importance à certains éléments  informationnels, ces biais peuvent conduire à des  erreurs de perception, de raisonnement, d’évaluation, de jugement, d’attention, etc., ainsi qu’à des comportements ou à des décisions  inadaptées. le paradoxe dans certains biais (voir Biais de Confirmation, l’Illusion de Savoir…) c’est que nous utilisons ces raccourcis de pensée même en cas d’existence d’informations pouvant permettre une évaluation plus fiable, voire contradictoire.

b- Les biais, de par  leur  impact sur la formation des  croyances, les décisions (entrepreneuriales, politiques, etc.)  et les relations sociales, font l’objet  de nombreuses recherches dans les sciences cognitives, la psychologie cognitive et en psychologie sociale. Ces études ont permis  d’identifier des centaines de bia is cognitifs dans de nombreux domaines : mémorisation, perception,statistiques, logique, causalité, jugement, évaluation, raisonnement, attention…

L’étude de ces biais montre à quelpoint notre perception du monde, nos pensées  et nos comportements sont moins libres qu’on ne l’imagine.

c- Connaître les biais cognitifs permet de développer notre  pensée  critique (Baillargeon, 2006}, d’éviter de nous  tromper dans nos décisions, de résister  aux manipulations,de contrecarrer les croyances limitantes,

les pensées négatives … Un exemple typique de ce raccourci est le recours  à des stéréotypes (voir Effet de Halo). Juger quelqu’un sur la base d’une description stéréotypique du groupe auquel il appartient (ou supposé appartenir), peut être source d’erreur, voire de préjugé, car la personne peut  être peu  (ou pas) représentative du stéréotype. D ‘ où des réactions émotionnelles disproportionnées, sources de racisme et  autres discriminations et souffrances.

Avons-nous réellement besoin d’entretenir ces biais, sources de croyances limitantes, et ce faisant continuer à être  pris en otage dans  notre zone  de  confort ? Comment influencer positivement nos pensées et nos comportement afin de devenir acteur et auteur de notre destinée  ?

C’est à ces défis qu’essaient  de répondre les Sciences Humaines dans leurs différentes approches humanistes : laPsychologie Positive,Thérapie Cognitivo-Comportementale. la Gestalt, la Communication NonViolente, l’Intelligence Émotionnelle, la Programmation Neuro-Linguistique, l’Analyse Transactionnelle, la Pensée Systémique, etc  . et, partant, le  Coaching et d’autres métiers d’accompagnement (l Éducation.. .), voire la spiritualité, la méditation, etc.

Lors des  suivants numéros d’AIGLE, nous  citerons quelques exemples de Biais ainsi que des  pistes d’antidotes, préconisées, entre autres, par la Pensée Critique (Buster, Baillargeon…). En attendant, lisez, enquêtez, échangez, analysez, réfléchissez…

Au prochain Numéro.

M. BELHADJ Mohammed Rachid
Coach Professionnel certifié
Formateur & Consultant

Article du magazine « AIGLE » 2ème édition